Conseils petite enfance

Pourquoi les parents doivent prendre du temps pour eux ?

Hygiène / Bien-être
Pourquoi les parents doivent prendre du temps pour eux ?

En confinement depuis un mois, plus pour certaines régions, et sans doute pour quelques semaines encore, les familles sont soumises à rude épreuve : être en permanence ensemble, en huis clos. Si c’est une chance à certains égards de pouvoir profiter de cette obligation à être ensemble, c’est aussi un risque de craquer si on ne peut pas s’en échapper un peu. Parents comme enfants doivent trouver un équilibre et du temps de solitude.
 
Parents, vous devez endosser tous les rôles : parents à temps plein, animateur de centre de loisirs, enseignants, auxiliaire de puériculture, chef cuisinier… tout en travaillant parfois à temps plein depuis la maison. Cet emploi du temps surchargé ne semble pas prêt à laisser de la place à une autre activité : du temps libre pour vous TOUT SEUL. Et si pourtant, c’était ce temps-là qui était le garant de tous les autres ? 

Si l’humain a besoin des relations aux autres, il a aussi besoin, parfois sans s’en rendre compte, de couper pour un temps les interactions. Le temps de sommeil permet cela, en plus de toutes ces autres fonctions. Mais les sollicitations multiples et permanentes attaquent notre capacité à écouter, à rester calme et à répondre ; le risque c’est le sentiment de « craquer, d’exploser ». Nous sommes déjà soumis à cela en temps normal avec la multiplicité des réseaux sociaux, et l’illusion de la disponibilité permanente et rapide. Le confinement accentue drastiquement cet état au point de le rendre intenable. 

Et lorsqu’un parent craque, il crie, s’énerve, perd patience dans les moments du quotidien avec les enfants, ne prend plus de plaisir à jouer, enchaîne les tâches, déprime, culpabilise … et l’enfant qui ne comprend pas et qui souffre lui aussi de cette situation, se calque sur l’attitude de son parent, et le cercle vicieux s’amorce. 

Pour éviter cela, un ou des temps de solitude quotidiens sont nécessaires. 

Pourquoi un temps de solitude ? 

C’est un temps seul dans une pièce, un temps sans téléphone, sans réseaux sociaux, sans consulter les dernières nouvelles sur l’épidémie, un temps sans être sollicité par un autre ; c’est un temps qui permet de couper, de s’apaiser, de se recentrer sur soi.  

Ce temps doit idéalement se faire dans le silence, mais si cela est angoissant, une musique aimée et choisie peut-être la bienvenue. Le silence permet en effet de mettre au repos notre cerveau, qui trop sollicité de tous bords ne peut plus rien absorber ; mais une musique connue, parce qu’elle ne nécessite pas beaucoup d’attention, peut favoriser la détente. 
Ce qui est essentiel est la garantie que vous ne serez pas dérangé ; vous devez être dans une attitude tranquille et sécurisée.  
Vous pouvez choisir de faire quelque chose : coloriage, couture, lecture, yoga, méditation, séance de sport, prendre un bain, désherber le jardin … ou bien ne rien faire ! Mais seul !  
Seul cela signifie sans le téléphone qui vibre, et idéalement sans écran ! En effet, la limitation d’écrans ne concerne pas que la santé des enfants ! 
 
Comment le mettre en place ? 

Discutez du bienfondé de l’idée en famille, et décidez ensemble du moment. Chacun, enfant comme parent, peut décider de s’isoler en même temps, mais avec des tout-petits, c’est assez risqué. Ils ne pourront pas respecter votre temps, vous serez peut-être inquiet de ce que fait votre enfant, ou bien à l’affût. 

Vous pouvez utiliser un temps de sieste, ou bien un temps où l’autre parent prend le relais. Mais ce temps DOIT être convenu à l’avance, et tenu. Vous devez aussi fixer sa durée, qui doit être raisonnable pour à la fois être bénéfique et respectée. 30 min est un minimum assez facile à insérer dans l’emploi du temps ; 45 min est un bon équilibre. Vous pouvez le reproduire une à deux fois par jour. 

Expliquez à vos enfants, avec des mots simples, que pour vous aussi c’est difficile de rester tout le temps à la maison, et que vous serez plus calme, plus disponible après ce temps-là. Vous pouvez leur dire, que cela ne signifie pas que vous n’aimez pas être avec eux, mais que parfois vous aimez aussi être seul. Et d’ailleurs, eux aussi aiment sans doute être un peu seuls, et que vous ne leur demandiez rien pendant ce temps-là. Vous pouvez citer en exemple des moments que vous avez observés, où ils ont joué seuls dans leur chambre avant de vous retrouver avec beaucoup de plaisir.  C’est pareil pour vous, vous les retrouverez avec beaucoup de plaisir ensuite. Ils peuvent parfaitement le supporter ;

si cela s’avère très difficile pour eux au début, c’est que justement ils ont peut-être besoin aussi de ce temps de coupure. 
Les enfants jeunes (avant 5 ans) se repèrent difficilement dans le temps long, ils ont besoin de supports adaptés pour comprendre sans s’inquiéter. Mais aussi pour vérifier régulièrement, ils deviennent alors acteurs aussi de cette organisation. 

Vous pouvez utiliser un schéma dessiné ensemble, ou une frise chronologique avec des pictogrammes amovibles pour représenter les différents temps de la journée (ce qui fonctionne très bien avec les petits comme les grands, de façon générale, et qui permet une activité à faire tous ensemble). 
Vous pouvez leur donner des repères temporels simples, en fonction de leur capacité de compréhension : une marque sur l’horloge, la cloche de l’église qui sonne, un minuteur qui sonne… Et vous devez respecter votre engagement à réapparaître à l’heure. Ensuite partager un moment agréable que vous aurez promis : le bain, le goûter, un jeu. Il est important que ce rituel soit sécurisant et prouve ses effets : vous avez eu votre temps, vous êtes plus disponible. 

Si vous avez des enfants d’âges différents, vous pouvez également proposer aux plus grands ces temps calmes, ils seront eux aussi apaisés ensuite. Il se peut qu’ils rechignent au début, mais couper l’excitation de la journée et la présence permanente des autres et du bruit, offre une qualité des temps à venir appréciable, et le plaisir des retrouvailles.  
Pensez à verbaliser avec lui l’enchaînement des moments, revenez à votre frise et demandez-lui d’enlever ce qui a été fait, et demandez-lui « et maintenant que fait-on ? ». Ainsi il participe à la journée, ne la subit pas et c’est aussi une activité qu’ils affectionnent et qui leur permet de verbaliser, de progresser dans le langage. N’oubliez pas, que tout peut faire activité pour votre enfant et que les rituels et les rythmes les aident beaucoup ! 

En fonction de votre emploi du temps et de votre famille, vous pouvez tout à fait envisager deux moments comme celui-ci par jour. Choisissez-les à des moments stratégiques de la journée, avant que la fatigue et l’énervement ne se fasse trop sentir. Après le déjeuner par exemple, et avant le diner.  
Et de préférence, reproduisez-le chaque jour, à la même heure ; la régularité du rythme sera un élément favorisant l’acceptation par tous.  

En parallèle à ces moments très précis, limitez au maximum les moments « multitâches » et tentez de faire les choses les unes après les autres : ne cuisinez pas en même temps que l’appel à votre mère et la surveillance des devoirs de l’aîné en supposant que le plus petit dessine tranquillement dans sa chambre ! certes, c’est faisable, mais à quel prix ? celui de l’épuisement…  
 
Noémie SARRAUTE Psychologue clinicienne 

Nos derniers conseils




Picto Home