Conseils petite enfance

La construction de soi à travers le livre

Pédagogie
La construction de soi à travers le livre

« La construction de soi à travers le livre » a été écrit par Séverine ALEXANDRE, EJE et directrice de la crèche à Vitry sur Seine (94).

L’intérêt de la lecture avec les tout-petits

L’intérêt de lire avec le tout-petit permet le développement du langage, de l’imaginaire et de son intellect. Cela favorise aussi par le biais de la lecture individuelle la relation privilégiée avec l’adulte qui ancre le lien d’attachement et une relation de confiance. Le livre est un vecteur qui permet une ouverture au monde.

Lire avec l’enfant va favoriser son écrit car on sait que baigner dans la langue orale est une étape fondamentale pour ensuite passer à la langue écrite et à sa socialisation.

Le livre permet à l’enfant de se confronter inconsciemment à son vécu et aux émotions qu’il traverse comme la séparation, la peur, la colère, la joie…

En outre cela va l’aider à construire son identité ainsi que la communication entre l’adulte et l’enfant. Le goût du livre est une transmission entre l’adulte et l’enfant.

Pourquoi lire aux tout-petits ? Quels en sont les enjeux ?

Le développement de la communication et des échanges avec l’autre (enfant et adulte)

Avant le livre il y a la voix, celle de la mère avant la naissance. On a remarqué que les nouveau-nés préfèrent écouter une histoire qui leur a été lue par leur mère dès la vie fœtale plutôt que celle contée après la naissance*. Très tôt le nourrisson est réceptif à la voix de celle qui l’a porté puis à celles de la constellation familiale et même s’il n’en comprend pas le sens, il est très réceptif à la modulation de la voix. S’il est en confiance, le nourrisson s’approprie la voix de la personne, il incorpore ses sonorités et se sent protégé. Ces sonorités représentent la transition, le voyage de l’enfant qui passe de l’état d’union avec la mère à celui où il est en relation avec elle, où il peut accepter de se séparer. Si l’on suit les psychanalystes d’enfants comme WINNICOTT et DIATKINE, la lecture s’inscrit dans le prolongement des expériences de la petite enfance où on prend en soi quelque chose qui vient de l’autre pour faire son chemin. La lecture aurait donc un statut d’objet transitionnel.

Le livre, un objet transitionnel, un jeu de construction, un espace pour créer, penser et devenir.

La lecture peut être, à tout âge, un biais privilégié pour élaborer ou pour préserver un espace à soi, un espace intime, privé, un autre lieu. Cet espace qui ouvre sur cette intériorité protège aussi de l’intrusion des autres et de la violence que peut générer pour lui la collectivité.

Dans des familles où pourtant il n’y a pas d’interdit de la lecture, il n’est pas rare de voir les enfants lire sous la couverture avec une lampe torche quand il est l’heure de dormir. La lecture offre un jardin préservé des regards tout comme la lecture individuelle au sein du collectif. C’est là que l’enfant construit une petite cabane, un petit chez soi et cet espace-là fait partie des repères dont il a besoin pour se délimiter, à une période où il construit le schéma de son corps. Dans notre société de changements continus, chacun doit construire le sens de son existence, son montage identitaire. Le fait de pouvoir se saisir du livre de son choix et d’avoir une totale liberté de le faire lire à la personne de son choix ou de le regarder tout seul permet de construire son futur libre arbitre ou réflexion personnelle.

Le développement de l’imaginaire

Il suffit de raconter des histoires aux enfants pour observer qu’ils se les approprient. A peine le livre fermé, il s’en sert dans un jeu où ses propres préoccupations, ses souhaits, ses peurs, se mêlent à des fragments de ce qu’il a entendu. Je vais donc vous partager quelques observations afin d’illustrer mon propos. Lors de la lecture d’un livre avec des comptines très sollicitées par les plus petits, la lectrice lit avec une petite fille de 9 mois sur ses genoux la comptine avec bateau sur l’eau. J’observe que l’enfant balance son corps de gauche à droite en tempo avec la comptine et ce mouvement de balancier a amené la lectrice à finir sa lecture en ouvrant ses jambes au moment du « Plouf » dans l’eu. Cet enfant a demandé pendant des mois cette même comptine et on pouvait observer toute la joie qu’elle avait pu ressentir pendant ce partage de lecture.

Lors de la lecture des livres de Julia Chausson qui fait disparaitre le texte au fur et à mesure de la lecture dans comme « La poule sur un mur », elle glisse toujours une surprise à la fin pour rassurer les enfants. Nous avons pu observer surtout à l’âge des moyens qu’ils sont très demandeurs de ce genre de livres. C’est un âge où il leur est indispensable de vivre avec la permanence du texte, si rassurant après la disparition de celui-ci. A un âge où l’angoisse de l’étranger et de la séparation est si violente en eux, ce genre de proposition de lecture est des plus pertinente.

Une autre observation que l’on a pu faire dernièrement au sein de notre crèche : un enfant de 1 an dont les parents sont originaires de Mauritanie ont choisi un livre avec Frère Jacques en plusieurs langues et la lectrice lui lit. Il montre une écoute active et prend beaucoup de temps pour feuilleter le livre qu’il a pris la peine de poser sur la table alors qu’il se verticalise tout juste. Il se trouve que dans le livre la comptine est également en arabe.

Un mois plus tard la lectrice revient avec toujours les mêmes propositions de livres dont celui-ci mais elle n’est pas venue seule cette fois-ci. Elle est venue avec un stagiaire qui vient observer la séance. Ce petit garçon choisit le même livre et demande au stagiaire de lui lire et, à nouveau, il se montre très attentif et prend tout son temps pour regarder le livre et le feuillète seul. Peut-être que ce livre lui permet de reprendre racine dans la langue familiale ? D’ailleurs il prend plaisir à le lire debout avec l’appui de la table comme pour manifester à travers son corps cet enracinement.

La lecture individuelle au sein d’un petit groupe comme activateur d’interactions libres :

Lors du passage de notre lectrice, je lisais « Chut, il ne faut pas réveiller les lapins qui dorment » à un bébé de 4 mois qui était allongé bien lové dans le coin bébé. Il n’a pas fallu longtemps à ce petit garçon pour qu’il tienne mon petit doigt comme quand je lui donne le biberon pour me signaler le bon moment pour lui de tourner la page et de le voir saliver devant la quatrième de couverture avec une assiette en illustration. Lors de nos séances, nous laissons totalement libres les enfants de laisser les autres enfants venir écouter leur histoire. Nous les accompagnons en verbalisant afin qu’ils comprennent qu’on peut dire aux autres enfants qu’on ne veut pas partager avec eux. Certains vont autoriser le partage et d’autres refusent à chaque fois. Mais nous leur laissons la liberté de choisir afin de les rendre totalement acteur de leur lecture.

Lire, un acte de bienveillance et d’empathie pour mieux comprendre l’autre et le monde :

En tant qu’éducatrice de jeunes enfants, le livre est un vrai outil de travail pour mieux comprendre leur monde intérieur. J’ai choisi de vous donner quelques observations afin de mettre en relief le fait que le livre a toute sa place en crèche au même titre que les jouets. Ces vecteurs de prise en considération de leur être dans ce qu’il y a de plus profond en eux, me semblent indispensables pour leur offrir ces espaces et cette reconnaissance des êtres qu’ils sont dans leur individualité. Tous les livres ne se ressemblent pas, tout comme chaque enfant, y compris dans une famille. Au même titre que le jeu libre qui va répondre aux besoins de chacun, les livres doivent pouvoir offrir aux enfants une liberté de choix suffisants pour répondre à leur monde intérieur, à leur rêverie et leur monde imaginaire.

Il me semble important que face à l’écran qui prend toute la place dans notre société actuelle, chacun de nous se souvienne qu’on a des droits culturels. Le droit d’accéder à son histoire, sa culture d’origine, comme de partager des récits transmis depuis des millénaires ; le droit de découvrir d’autres continents, d’autres savoirs que ceux qui nous sont familiers, ou bien nous amusent, nous donnent la distance de l’humour, nous interrogent, suspendent nos incertitudes.

Références : « Les livres, c’est bon pour les bébés », Marie Bonnafé « La Voix et ses sortilèges », Marie-France Castarède

Séverine ALEXANDRE

 

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